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Propositions de lectures : témoignages, les grands classiques : Levi, Rousset, Kogon..

Le sujet 2016-2017 est central dans l’étude du système concentrationnaire nazi.
Il est par ailleurs au croisement de sujets étudiés dans les années passés.
Quelles pistes d’approche proposer ?

3 témoignages, écrits "à chaud", qui sont aussi des analyses du système :

LE livre, la base : 1945-1947 : Primo Levi : "Si c’est un homme".
Primo Levi est un résistant italien, juif. Il a une formation de chimiste. Il a 24 ans quand il est arrêté et déporté à Auschwitz. Il y est sélectionné pour travailler au camp de Monowitz, dit "Auschwitz III".

Son témoignage paraît en 1947 en Italie, mais il est traduit en français seulement en 1987.
Primo Levi raconte l’arrivée au camp, la confiscation des biens personnels, la tonte, la perte de l’identité et le tatouage (N° 174517). Bref, comment un homme devient un "Häftling".
" Pour la première fois, nous nous apercevons que notre langue manque de mots pour exprimer cette insulte : la démolition d’un homme."

Mais il narre aussi la leçon donnée par un concentrationnaire d’origine austro-hongroise, Steinlauf : pour ne pas céder, pour ne pas "devenir une bête", la nécessité de se laver, de nettoyer ses souliers, de se tenir droit, "pour ne pas commencer à mourir".

Autres thèmes : la baraque, le travail, le troc, les vols, le trafic de cuillères, la faim, l’hiver, les brimades, les sélections, les exécutions...
Et la chute : chapitre 16 : "Détruire un homme est difficile, presque autant que le créer : cela n’a été ni aisé, ni rapide, mais vous y êtes arrivés, Allemands. Nous voici dociles devant vous..."

En 1976, Levi ajoute un appendice, avec les réponses apportées aux élèves auprès de qui il a témoigné en Italie.
Le livre est écrit dans une langue claire, accessible.

1945-1946 : David Rousset, "L’univers concentrationnaire".
David Rousset est un Français originaire du département de la Loire, né en 1912. Socialiste, il rejoint le mouvement trotskyste dans les années 1930. Résistant, il est arrêté par la Gestapo en octobre 1943.
Il est déporté à Buchenwald et à Neuengamme, notamment.
Il rentre en France gravement malade.
En décembre 1945, janvier et février 1946, il écrit un long article en 3 parties sur les camps pour "La revue internationale".
Il veut connaître la réalité des camps, il souhaite dissiper la confusion qui existe souvent dans l’immédiat après-guerre entre camps de concentration et camps de prisonniers de guerre.
Edité en un seul volume en 1946, son ouvrage reçoit le prix Renaudot, sous le nom "L’univers concentrationnaire".

Le livre (environ 180 pages en éditions de poche) est divisé en 18 chapitres, plus ou moins longs.
David Rousset se livre à une analyse du fonctionnement du camp de Buchenwald : l’arrivée au camp ; la sélection pour un "transport", c’est à dire l’affectation à un kommando extérieur, plus meurtrier que le camp principal ; le départ pour le travail ; les kapos , leur hiérarchie, et leurs relations avec certains détenus ; la difficile cohabitation entre détenus dans les baraques, la hiérarchie entre les détenus ; les erreurs à éviter ; les trafics ; les détenus de droit commun ; les violences ; le rôle des SS...
Il élargit parfois son propos, et, à propos de Birkenau, écrit : "la plus grande cité de la mort ".

Le style est relativement soutenu, souvent un peu distancié, voire ironique : ainsi, à propos de la distribution des vêtements , il parle des "Galeries Lafayette d’une cour des miracles"...
Chaque chapitre est titré d’une expression ("Les ubuesques", chapitre 7) ou d’une phrase sentencieuse ("Il existe plusieurs chambres dans la maison du Seigneur", chapitre 5).
Mais David Rousset plante le décor par des phrases simples : "Buchenwald est une grande ville "par son prolétariat [...], mais aussi par sa masse de fonctionnaires, ses rentiers et sa pègre".
"La couleur dominante est verte. Le peuple des camps est droit commun, [...] Les politiques sont la plèbe taillable est corvéable à merci ".

Le livre de Rousset montre combien les règles de la vie au camp sont différentes de la vie "d’avant" : ainsi , il évoque la destruction de "toute hiérarchie de l’âge" . Il montre l’importance du service de l’Arbeitsstatistik, qui tient dans sa main la vie et la mort des détenus, en fonction de l’affectation qui leur donnée...
Il aborde avec pudeur la question des "intrigues intimes", auxquelles sont liés les kapos.

Au final , un petit livre dense, passionnant, excellent pour découvrir de manière concise le fonctionnement d’un camp de concentration.

Certes, à propos d’Auschwitz, il écrit "Entre ces camps de destruction et les camps "normaux", il n’existe pas de différence de nature, mais seulement de degré."
Mais David Rousset écrit en 1945-1946.
Il est décédé en 1997, après avoir milité contre le stalinisme et avoir dénoncé le goulag.

1945-1946 : Eugen Kogon, "L’Etat SS"
Eugen Kogon est né en 1903 à Münich. Il est connu en Allemagne comme sociologue, historien, journaliste ; après la 2e guerre mondiale, il est l’un des intellectuels de la RFA favorable à la construction européenne. Il est mort en 1987.
Après des études à Münich, Florence et Vienne (il est docteur de l’Université de Vienne), il travaille dans un journal catholique, et s’élève contre le nazisme , ce qui lui vaut d’être arrêté 3 fois par la Gestapo, puis d’être déporté en 1939 à Buchenwald, en tant qu’opposant chrétien.
A la libération du camp en 1945, il se voit confier par les Américains la rédaction d’un rapport sur le système concentrationnaire.
Kogon le rédige avec la contribution d’autres ex-détenus. En mai 1945, soucieux que son travail ne soit pas contesté, il le soumet à 15 personnes ayant appartenu à la direction clandestine du camp de Buchenwald ou représentant certaines familles politiques. (Liste donnée dans l’introduction de son livre).
Le livre est une version remaniée de ce rapport. Il est paru en 1946 en Allemagne et en 1970 en France.

Il comporte 21 chapitres (environ 380 pages en édition de poche, écrites en petits caractères). C’est une somme thématique, qui, comme le livre de David Rousset porte essentiellement sur Buchenwald, avec des échappées sur Dachau et quelques autres camps.

Kogon traite évidemment des mêmes thèmes que Rousset, de manière plus détaillée. Le traitement se veut exhaustif, et il aborde de nombreuses autres questions, sur lesquelles toutefois le jugement porté en 1946 peut sembler daté.

Le chapitre 2 est intéressant, car il évoque une question sur laquelle les enseignants s’interrogent souvent : y avait-il une classification des camps, des catégories de camps, plus ou moins dures ?
Selon Kogon, il y a bien 3 degrés de camps, d’après une directive de l’office central de gestion économique des SS.
1er degré : le camp de travail.
2e degré : le camp de travail où les conditions de vie et de labeur sont plus difficiles.
3e degré : le "moulin à os" (expression utilisée par Eugen Kogon) , d’où il est rare de sortir vivant.
Kogon précise que cette classification n’est pas rigoureuse. Dachau était de 1er degré, alors que les conditions de détention ont toujours été plus pénibles qu’à Buchenwald, de degré 2. Selon lui, une des différences tiendrait dans le ravitaillement, forcément plus mauvais dans les catégories plus basses.

En conclusion, un ouvrage à connaître également.

D’autres ouvrages : Antelme,Kertész.
- Robert Antelme, "L’espèce humaine", 1947. Déporté à Buchenwald,Gandersheim et Dachau. Arrivé par le dernier convoi parti de France en août 1944. Livre dense et détaillé.
- Imre Kertész, "Etre sans destin", roman autobiographique. Kertész, juif hongrois est déporté à Auschwitz à 15 ans, avec son père. Son livre, paru en 1975, est écrit dans un style distancié, particulier. Dans un premier temps, l’entreprise de déshumanisation menée par les nazis empêche quasiment l’auteur de percevoir ce dont il est victime.

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