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Répression allemande dans le Cher de fin juin 1940 au 11 septembre 1944

Jean-Claude Bonnin, professeur d’histoire géographie en retraite, membre de l’association des amis du musée de la Résistance et de la Déportation du Cher, auteur de nombreuses publications sur la Seconde Guerre mondiale dans le département, retrace les différents aspects de la répression exercée par les occupants allemands.

Dans l’avant propos de la brochure de La Fondation de la Résistance consacrée au concours 2011 on trouve la précision suivante sur le thème retenu :
« Le thème ne concerne d’abord que la répression de la Résistance, envisagée ici plus globalement comme toutes les actions ayant pour but non seulement de réprimer la Résistance mais comprenant aussi tous les actes d’intimidation et de représailles et toutes les mesures visant à frapper de terreur la population civile. Si la Déportation, en tant que politique de la répression engagée par les autorités d’occupation avec le concours de l’Etat français, fait partie intégrante du sujet, celui-ci ne peut inclure les persécutions engagées à l’encontre des Juifs et des Tziganes, ni l’univers concentrationnaire connu par les déportés partis de France. »

Cadre général :

En juin 1940, quand le maréchal Pétain nouveau chef du gouvernement demande l’armistice, la situation du pays est catastrophique. Le Cher fait partie des départements submergés par l’offensive de la Wehrmacht. Il a connu l’arrivée des fuyards de l’exode. Les conditions de l’armistice en font un département coupé en deux par la ligne de démarcation. Cela va conduire à des différences notables entre le sort du Cher Sud qui connait l’occupation allemande à partir de novembre 1942 et celui du Cher Nord sous la botte allemande dès fin juin 1940.

La répression et la Résistance sont deux phénomènes interactifs : la répression s’amplifie face au développement des résistances ; la répression de plus en plus visible, les vexations, confiscations, la collaboration des autorités aident au rapprochement et au soutien de la Résistance par des couches importantes de la population.

Dans l’histoire de la répression allemande dans notre département du Cher on peut distinguer trois grandes périodes :

- De l’été 1940 à avril 1942 : une répression en zone Nord menée par la Wehrmacht et les douaniers allemands (ceux-ci à la ligne de démarcation).

- A partir d’avril 1942 : installation à Bourges des services du SD (dit souvent Gestapo) et recours à des agents français. Interventions d’abord en zone Nord puis à partir de novembre 1942 dans les deux zones ; cette période va jusqu’au 6 juin 1944.

- A partir du 6 juin 1944 la période des combats et des représailles jusqu’à la libération du département le 13 septembre 1944.

Il serait possible de subdiviser. Par exemple dans la première période délimiter avant et après le 22 juin 1941.

De juin 1940 à avril 1942 :

La répression est menée par la Wehrmacht sous la direction des Kommandanturen et le tribunal militaire à Bourges. Elle est parfois expéditive : Georges Viant est assassiné à la ligne de démarcation pour sabotage, des clandestins essuient des coups de feu lors de tentatives de passage. Un soldat évadé est abattu à Sainte-Thorette. Le tribunal militaire condamne régulièrement à trois mois, six mois de prison pour franchissement illégal de la ligne de démarcation, pour transport de courrier.

Deux événements conduisent à l’intensification de la répression allemande :

L’attaque de l’URSS par les nazis.
Dans la nuit du 22 au 23 juin 1941 des dizaines de militants communistes sont arrêtés principalement à Bourges et Vierzon. La prison du Bordiot se révèle trop petite et certains sont regroupés dans un camp aux Bigarelles (à Bourges). Les listes de militants ont forcément été fournies par les autorités françaises.
Tous ces prisonniers ne connaîtront pas le même sort : certains seront libérés, d’autres déportés ou fusillés comme otages. A Vierzon, un groupe clandestin de militants communistes diffuse le journal l’Emancipateur ainsi que des tracts ce qui irrite le commandement allemand. Le 15 août 1941 la ville de Vierzon est obligée par l’autorité occupante de payer une amende de 100 000 francs alors que la Convention d’armistice proscrit les punitions collectives. En même temps le couvre-feu est avancé.

Le 7 décembre 1941, le maréchal Keitel promulgue le décret « Nuit et brouillard » (Nacht und Nebel).
Désormais celles et ceux qui s’opposent au Reich (en clair les résistants) dans les territoires occupés en Europe occidentale pourront sans jugement être déportés dans les camps de concentration où ils seront condamnés à disparaître. La déportation devient ainsi un moyen d’exploiter jusqu’à la mort les dernières forces de ceux qui ont osé s’opposer aux nazis.

Dans le Cher la déportation de répression va concerner 500 personnes.

4 en 1940, 42 en 1941 ; pour ces deux années il s’agit le plus souvent de passeurs de la ligne de démarcation ou de membres de réseaux. Parfois, dans cette période, des déportés reviennent après avoir purgé leur peine comme Jane Caron de Vierzon. Un certain nombre sont enfermés dans des prisons et non pas des camps (KL) à Diez sur Lahn par exemple, là où est mort le résistant vierzonnais Constant Duval.

En 1942, 74 personnes arrêtées dans le Cher sont déportées par mesure de répression. Dans le premier convoi de déportés politiques, parti de France le 6 juillet 1942 pour Auschwitz, se trouvent 12 militants communistes. Il n’y aura que deux survivants.
166 déportés par mesure de répression en 1943, 214 en 1944 ; parmi eux 55 membres du mouvement Vengeance démantelé par le SD de Bourges et 60 membres de la compagnie Surcouf capturés après combat dans la Creuse.

D’avril 1942 au 6 juin 1944 :

En avril 1942, le SD (souvent dit Gestapo) s’installe à Bourges. En France le SD (Sicherheitsdienst) est commandé par Karl Oberg représentant de Himmler grand chef des SS. A Orléans le service du SD est sous la direction de Fritz Merdsche. A Bourges sous les ordres de celui-ci, le commandement est confié au SS Eric Hasse.

Le SD de Bourges installé rue Michel de Bourges comprend 15 Allemands plus une douzaine d’agents français. Pierre Paoli et Roger Picault sont les plus connus. Paoli, jeune français parlant allemand d’abord recruté comme interprète va devenir un impitoyable tortionnaire. Affecté à la lutte anticommuniste il se livre à la répression de tous les auteurs d’actes de résistance ou soupçonnés de se préparer à passer à l’action contre les occupants. Il a reconnu à son procès en 1946 avoir procédé à plus de 200 arrestations, avoir sauvagement torturé et tué des résistants de ses propres mains. Quant à Picault il devient spécialiste de l’infiltration. Il est responsable, à l’été 1943, suite à ses contacts, de l’arrestation d’importants responsables du mouvement Libération-Sud dans l’ex zone non occupée.

Dans la période de l’été 1943 au 6 juin 1944 (date du débarquement allié de Normandie) ce sont les mouvements Libération Sud (11 condamnations à mort, 9 exécutés, 5 personnes déportées), Libération Nord (8 dirigeants déportés), Vengeance (55 déportés), des cadres de l’ORA -Organisation de Résistance de l’Armée- (7 déportés) ainsi que des militants du Front national plus des membres de maquis FTP attaqués par la Wehrmacht qui subissent de plein fouet la répression nazie. Quatre résistants du Cher, membres du groupe régional FTP Chanzy, livrés par la police française aux Allemands sont fusillés près d’Orléans le 8 octobre 1943, 9 autres FTP membres du maquis d’Ivoy le Pré le sont à Montifaut dans le Cher le 23 novembre de la même année. A Saint-Amand-Montrond, le sous-préfet Pierre Lecène, secrètement dans la Résistance, est déporté début juin 1944. Il est remplacé par son secrétaire général François Villatte, lui aussi lié à la Résistance.
« D’une façon générale, le partage des responsabilités pendant les actions entreprises contre la Résistance était le suivant : les troupes impliquées avaient la responsabilité des questions purement militaires, la Sipo/SD était responsable des affaires de police, autrement dit de la prise en charge et de l’exécution des prisonniers, des suspects et des civils aussi bien que de l’exercice d’autres représailles comme la destruction des maisons. » (Communication de l’historien allemand Peter Lieb au colloque organisé à Saint-Amand-Montrond le 8 juin 2005 par la Fondation de la Résistance)

Du 6 juin 1944 à la Libération :
A partir du 6 juin 1944 la répression par représailles constitue la réplique immédiate de l’occupant nazi aux actions de la Résistance (avec éventuellement l’aide de la Milice).
C’est notamment le cas à Saint-Amand-Montrond où la ville a été investie par les FTP de Marcel Lalonnier (colonel Hubert) et les hommes de Combat commandés par Daniel Blanchard et René Van Gaver. Devant la menace d’une intervention allemande les résistants évacuent la ville le 7 juin, emmenant des miliciens prisonniers. Des éléments de la brigade Jesser venus de Moulins-sur-Allier entrent dans Saint-Amand et se déchaînent : 19 personnes sont abattues ou fusillées, sept autres sont blessées, des immeubles sont incendiés au lance-flammes. Le sang-froid de François Villatte évite un massacre. Puis la Milice prendra la relève des Allemands se livrant au meurtre, aux exactions et à une prise d’otages qui, heureusement, ne finira pas par un drame.
Dans d’autres lieux des éléments de la Wehrmacht se livrent durant l’été 1944, période des combats dans le Cher, à des exactions, exécutant froidement des combattants (non reconnaissance du statut militaire aux FFI), brûlant des hameaux, utilisant des habitants comme boucliers humains et abattant froidement des personnes non impliquées dans les combat.

Le 25 juin 1944 à Thauvenay  : des soldats allemands venus de Cosne-sur-Loire tuent sept personnes, incendient 27 maisons, arrêtent onze personnes dont quatre seront déportées.

Le 8 juillet 1944 à La Goubarderie (commune de Nohant-en-Graçay) trois maquisards désarmés sont exécutés, deux autres vont être déportés. Le fermier, son épouse et sa fille également déportés vont mourir dans les camps. Le bétail est volé, la ferme brûlée.

Le 7 août 1944 à la Bissoudre (commune d’Orsay dans le Loir-et-Cher), une unité allemande attaque douze maquisards du groupe vierzonnais FFI Vengeance. Huit d’entre eux capturés sont froidement exécutés, leurs cadavres mutilés, défigurés.

Le 16 août 1944 à Vierzon, place de l’église des Forges, la Feldgendarmerie de Vierzon accompagnée d’agents du SD de Bourges prend des otages en représailles à l’arrestation la veille par des maquisards de deux militaires allemands. Cette journée, connue sous le nom de « rafle au café de l’Eglise », se termine par un maquisard abattu et quatre otages disparus (exécutés ou déportés ?)

Le 20 août 1944 à Saint-Just  : six soldats du 1er RI blessés sont massacrés par les Allemands qui incendient trois fermes.

A Saint-Satur le 26 août 1944 sept résistants dans leur PC au bord du canal latéral à la Loire sont massacrés par une unité de la Wehrmacht.

Le 26 août 1944 à Franclieu (commune de Bengy-sur-Craon) sept civils sont massacrés par les Allemands, les bâtiments du hameau sont incendiés, puis ceux des Ridonne, le hangar en bois de Battereau et les Platanes. Ce massacre a lieu après le mitraillage d’une colonne allemande par l’aviation anglaise.

Le 1er septembre 1944 à Baranthaume (commune de Saint-Germain-des-Bois), suite à un accrochage avec les FTP d’Alcide Métier, une unité hindoue de la Wehrmacht brûle les maisons une à une puis à Levet se livre au viol de douze femmes. Ils tuent cinq personnes à Dun-sur-Auron, pillent et abattent deux paysans au travail dans leurs champs.

Le même jour à Saint-Hilaire de Court, après la bataille qui les a opposés aux FTP, les Allemands incendient la ferme de la Jonchère, puis ils enferment trente hommes dans un grenier de la ferme de Bellefiole et mettent le feu dans la pièce au-dessous. Heureusement, un officier de la Wehrmacht (autrichien ?) place une échelle permettant aux otages de s’enfuir. De même des femmes et des enfants enfermés dans un hangar qui devait brûler sont libérés. Mais la ferme de Bellefiole, les maisons de l’entrée du bourg de Saint-Hilaire de Court, l’école, la mairie sont incendiées.

Sources :

CHERRIER (Marcel). – Combattants de la liberté/ Marcel Cherrier et Michel Pigenet. – Paris : Editions Sociales, 1976. – 238 p., ill. ; 19 cm.

DEPIGNY (Gérard). – La Résistance dans el Cher (1940-1944) / Gérard Depigny, sous la dir. du professeur Michèle Cointet. – Mémoire de maîtrise d’Histoire contemporaine de l’université de Tours, juin 2001. – 2 tomes.

La Résistance dans le Cher  : 1940-1944. – Orléans : SCEREN-CRDP, 2002. – 321 p. : ill., couv. ill, 27 p.

LAUBRY (Jean-Louis).- La Répression politique en province (1919-1947) : crises et répression politique dans les départements du Cher et de l’Indre de 1919 à 1947/ Jean-Louis Laubry, sous la dir. du professeur Pierre Laborie. – Mémoire de DEA de l’université de Toulouse II Le Mirail, UFR d’Histoire, 1995. 2 tomes.

RAFESTHAIN (Alain). – Le Cher sous Vichy 1940-1944 : Collaboration, persécutions et délations/ Alain Rafesthain. – Paris : Ed Royer, 2007. – ill., couv. ill. en coul. ; 22 cm. – Coll. Passé simple.

RAFESTHAIN (Alain). – 1944… Et le Cher fut libéré… : les cent glorieuses de la Résistance / Alain Rafesthain ; préf. de Jean-Yves Ribault. – Paris : Ed. Royer, 1990. – ill., couv. ill. en coul., 432 p. – Coll. Passé simple.

VIOLLET (Jacqueline). – Au service de l’Allemagne : partis et groupements « nationaux » dans le Cher pendant la seconde guerre mondiale/ Jacqueline Viollet sous la dir. de Jean-Pierre Azéma. – Mémoire de DEA d’Histoire du XXe siècle. – Paris : Institut d’études politiques de Paris, Cycle supérieur d’histoire du XXème siècle. 1990

Dossier Collaboration des Amis du Musée de la Résistance et de la Déportation du Cher

http://www.fondationresistance.org/...

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Fritz Merdsche, chef du SD d'Orléans Roger Picault Pierre Paoli

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